
La journée commence à nouveau par un somptueux petit déjeuner, avec cette fois-ci des oeufs sur le plat à la coriandre et à la ciboulette, qui sont une pure merveille. Puis nous marchons jusqu'à l'arrêt de marshrutka pour aller jusqu'à la gare routière. La marshrutka que nous hélons a l'air complètement pleine, mais les gens se tassent et nous pouvons même nous asseoir sans problèmes ! Arrivés à la gare, nous avons une mauvaise surprise : il s'agit d'une petite gare locale et il n'y a pas de bus pour Samarcande. Un moment, nous avons peur que les chauffeurs de taxi nous racontent des salades pour obtenir une course lucrative, mais les locaux aussi prennent le taxi jusqu'à la ville suivante pour prendre le bus. Nous prenons donc un taxi avec deux autres personnes pour Gizhduvan où se trouve la gare routière avec le bus pour Samarcande. Nous roulons sur la seule autoroute du pays : une 2x2 voies avec sur le côté une voie en terre battue pour les ânes et les chevaux. Encore une fois le trajet est rythmé par la radio locale qui passe des chansons entêtantes et rythmées.
Arrivés à Gizhduvan, nous montons tout de suite dans un bus à moitié plein pour Samarcande. Le chauffeur attend que son car se remplisse pour partir. En attendant, des vendeurs montent proposer pains et feuilletés, puis un mendiant aveugle passe recevoir les aumônes des passagers. Au bout d'une petite heure, le car est complètement bondé, il y a plein de gens debout dans le couloir au milieu des bagages, mais nous avons la chance d'être assis. Il y a derrière nous deux femmes avec qui nous engageons la conversation, et un bébé qui a un peu trop l'envie de nous tirer les cheveux. Nous voyageons à nouveau sur l'autoroute centrale. Le bus fait de fréquents arrêts pour déposer des gens qui sont allés faire leurs courses à Gizhduvan, surtout des femmes. Au bout d'un moment, presque tout le monde est assis ! Il fait bien chaud, le car est bruyant et nous sommes assez serrés, mais ce n'est pas désagréable non plus. C'est surtout très amusant de voyager comme les gens du pays ! Il va sans dire que nous sommes les seuls touristes du car !
Le voyage jusqu'à Samarcande dure 4 bonnes heures. Nous sommes déposés à la gare routière, un peu à l'extérieur de la ville. Comme nous ne voyons pas de marshrutka nous nous laissons convaincre par un taxi qui nous a repérés dès notre sortie du bus. Il aurait en fait suffit de poursuivre la route après un tournant pour trouver les marshrutkas ! Samarcande est beaucoup plus grande que Bukhara ; le taxi rejoint le centre ville par de grands boulevards modernes bordés ça et là de mosquées qui attirent notre curiosité. Le chauffeur connaît visiblement mal le nom des rues et a du mal a trouver le B&B où nous voulons descendre. Nous finissons par le convaincre de nous déposer sur une grande place où nous pouvons nous repérer et continuer à pied ; le B&B est en fait à 10 minutes à pied.
Le B&B est tenu par un homme au physique européen, et une femme asiatique qui parlent tous les deux parfaitement anglais. Le B&B est plus chic que ne l'indique le guide (et les prix ont également montés) : c'est maintenant un boutique hotel, avec des chambres somptueusement décorées de tapis et d'objets d'art de l'artisanat local. Nous avons même une chambre avec salle de bain, un luxe auquel nous ne nous attendions pas ! J'apprécie beaucoup le tchai qu'on nous sert tout de suite pour nous rafraîchir, avec des biscuits et des confitures, mais Gaël commence à en avoir assez du thé ! Nous nous reposons un moment dans le magnifique jardin recouvert d'une tonnelle rafraîchissante, puis nous partons à la découverte de Samarcande.
Nous commençons la visite par le mausolée d'Amir Timur, juste à côté de l'hôtel. Timur, ou Tamerlan en français, était un conquérant passablement sanguinaire du 14è siècle, qui avait par exemple pour habitude de massacrer tous les hommes d'une ville conquise, sauf les artisans qu'il ramenait dans sa capitale de Samarcande. Tant mieux pour Samarcande, dont l'essor date de cette période... Le mausolée de Timur est un ensemble magnifique de briques et d'émaux colorés, bleus pour la plupart. L'intérieur est peut-être encore plus impressionnant : dans la salle où Timur, ses fils et ses petits-fils sont enterrés, les murs et la coupole sont recouverts de dorures dentelées extrêmement finement.
Nous nous dirigeons ensuite vers le Régistan, un ensemble de trois médressas gigantesques disposées à angle droit autour d'une grande place centrale. Le Régistan est l'attraction principale de Samarcande, et c'est en effet très impressionnant. La plus ancienne des médressas a été bâtie par Ulugh Beg, petit-fils de Tamerlan et grand scientifique, qui y enseignait entre autres l'astronomie et la théologie. Les deux autres médressas ont cherché à copier l'architecture de la première. Les briques paraissent rosées dans la lumière du soir, c'est très joli. Je m'assieds sur un banc pendant que Gaël cherche un premier plan pour ses photos du Régistan. Il en trouve un très pittoresque en la personne d'un jardinier qui tond le gazon... à la faux ! Pendant ce temps, un garçon d'environ 18 ans vient s'asseoir en face et se décide timidement à m'adresser la parole en anglais. Il étudie pour devenir pilote et cherche à la fois à pratiquer son anglais et satisfaire sa curiosité concernant la vie en Occident : encore une rencontre très sympathique.
Nous faisons le tour du Registan, en réservant sa visite pour le lendemain. L'entrée de la place est gardée par des policiers en uniforme, il faut des billets pour entrer. Mais nous sommes rapidement repérés par ces policiers qui nous proposent de nous faire monter dans un minaret de la medressa d'Ulugh Beg : c'est une des manières "officielles" d'arrondir les fins de mois des policiers, indique le guide, qui donne aussi les prix "raisonnables" qu'on peut accepter. Nous négocions donc, puis nous montons au minaret. C'est amusant, les escaliers sont obscurs et un peu délabrés, et en haut la vue est jolie, sans être exceptionnelle (les monuments sont plus impressionnants de près, je trouve !). Quand nous redescendons, la grille à l'entrée du minaret est fermée ; nous faisons un peu de bruit pour qu'on vienne nous chercher. Un jeune guide arrive, il parle parfaitement français et fait semblant de chercher la bonne clé pendant quelques minutes en riant de sa bonne blague. Nous rions avec lui, et nous continuons à discuter une fois sortis de la tour. Il est étudiant en français, et travaille comme interprète et guide pour des voyages organisés très différents, de la visite culturelle de Samarcande au trek dans le montagnes tadjikes.
Nous nous dirigeons après vers la partie moderne de la ville pour chercher un restaurant. A part un resto italien qui ne nous tente guère, nous ne trouvons pas grand chose. Nous finissons par prendre un kebab et une bière dans un fast-food en plein air où beaucoup de jeunes semblent se retrouver. Un long jeune homme maigre passe plusieurs fois à côté de notre table, hésite, puis finit par engager la conversation. Il voudrait étudier la médecine en Europe et cherche des renseignements sur le système universitaire français, et les moyens d'avoir une bourse pour y étudier. Nous discutons un moment, et je regrette de ne pas avoir plus de détails à lui donner !
