
Encore un petit déjeuner somptueux : yaourt épais, confiture de roses, pancakes, galettes de pommes de terre... Puis on reprend la visite de Samarcande. On fait un petit tour dans un café Internet (la seule fois des vacances) : la café est rempli exclusivement d'enfants qui jouent aux jeux vidéo.
Pour visiter le Régistan il y a deux possibilités : soit on est un touriste et on achète un billet relativement cher (pour un Occidental), soit on est du coin et on passe en glissant un peu d'argent aux policiers à l'entrée. Le billet est de toute façon trop cher pour les salaires locaux, et il y a beaucoup de touristes d'Asie Centrale (beaucoup plus nombreux que les Occidentaux) : c'est un système qui fonctionne assez bien. Nous visitons les trois médressas dans l'ordre chronologique. Ca devait être chouette d'étudier dans des universités aussi belles ! Les jardins à l'intérieur des médressas contribuent beaucoup à l'harmonie générale. Dans la médressa d'Ulugh Beg, un groupe de femmes cueille des fruits sur les arbres. La plus récente médressa accueille des boutiques d'artisanat locaux. Nous croisons plusieurs fois les mêmes touristes qui logent au même B&B : en un sens, c'est rassurant de se dire qu'il y a peu de touristes et qu'on rencontre toujours les mêmes !
Nous remontons ensuite vers le nord de la ville, vers la magnifique mosquée de Bibi Yakim. Mais d'abord, nous allons au bazaar acheter de quoi manger : samsa, oeuf dur pâné, et pour finir, une pâtisserie pour Gaël. Nous marchons un peu dans la bazaar, très animé et coloré. Puis nous visitons Bibi Yakim. C'est une mosquée aux proportions imposantes, très verticale. La coupole aux nuances bleues variées est magnifique, mais c'est encore l'intérieur qui me plaît le plus : on peut entrer dans certaines salles à moitié en ruines, où des oiseaux tournoient très haut, sous la coupole. Ca donne une petite atmosphère d'Indiana Jones...
Quand nous sortons, Gaël décide qu'il a encore faim et qu'il faut retourner au bazaar (en fait ce n'est pas vrai, il voulait juste prendre des photos :D). Nous sommes interpellés par les vendeuses de pâtisserie que nous avions rencontrées lors de notre premier passage : c'est la fin du marché, et elles nous proposent de venir boire un coup avec elles. Nous nous joignons donc à elles, au milieu des étals de sucrerie. On nous sert tout de suite de grandes lampées de vodka qu'il faut boire cul-sec. Je transige en buvant rapidement de petites gorgées, puis en finissant mon verre dans un grand geste théâtral qui suscite des acclamations (une technique qui resservira !). Il y a aussi beaucoup de nourriture : de la salade, des sucreries, et du plov, le plat national à base de riz, légumes et mouton. Une des filles vient d'avoir un enfant, du coup les marchandes font une fête pour célébrer l'événement. Mon verre ne reste jamais vide, les filles le remplissent de plein de boissons diverses, pas toutes alcoolisées heureusement. Mon vocabulaire russe est très limité pour communiquer, ça ne nous empêche pas de bien rigoler pendant que Gaël fait plus de conversation. Mes lunettes de soleil entre autres remportent un franc succès et font le tour du groupe. La patronne du groupe a environ 45 ans, c'est elle qui nous a invités. Il y a aussi une vieille femme, sinon les autres filles ont entre 20 et 30 ans, et elles ont toutes du caractère ! L'une d'entre elles essaye d'apprendre à Gaël comment manger le plov avec les doigts : on roule le riz, la viande et les légumes dans la graisse de mouton, ça fait des petites boulettes qui sont censées tenir ensemble et se manger facilement. Pas facile, surtout sans salir l'appareil photo ! Elles sont très curieuses à propos de la vie en France, veulent savoir si on habite en ville, si on a une voiture, où on travaille... A un moment, un marchand d'un stand voisin met en marche sa sono. Les filles me disent qu'il faut danser. Je me lève, pensant qu'on va tous danser et que je passerais à peu près inaperçue. Mais non : elles ne veulent pas danser, mais me voir danser ! Pour améliorer la qualité du spectacle, elles me montrent quand même quelques mouvements de danse orientale. Sinon, c'est le fou rire généralisé... Le plus drôle est quand un morceau de musique techno succède à la musique orientale : la plus vieille du groupe se lève alors et se met à danser une techno tout à fait orthodoxe... Cette rencontre très chaleureuse restera parmi mes meilleurs souvenirs des vacances : une demi-heure de fou rire, de langage des signes et de russe massacré (on peut en raconter des choses avec 20 mots et des sourires !), sans oublier la vodka...
Nous repartons de joyeuse humeur vers l'allée des tombeaux, un lieu sacré de Samarcande où des mausolées du 13è et 14è siècle sont alignés le long d'une magnifique allée. Beaucoup de touristes Ouzbèques viennent visiter ce lieu : plusieurs nous demandent d'ailleurs de poser avec eux pour leurs photos souvenir ! Chaque mausolée est une petite merveille recouverte de faïences colorées, et l'ensemble est saisissant.
Nous retournons à notre hôtel par l'ancien quartier juif, pauvre et assez délabré. Nous faisons un bref passage par le B&B pour savoir si Dennis, notre hôte, a pu nous prendre des billets de train, puis nous allons siroter une bière devant le mausolée de Timur, qui se colore doucement en rose à mesure que l'heure avance. Malgré les conseils de Dennis, nous ne cherchons un restaurant très authentique pour dîner, et nous nous contentons du petit café en face du Régistan. C'est forcément là que tous les touristes échouent, mais la nourriture est bonne et il y a beaucoup plus de locaux que de touristes qui y mangent.