Aujourd'hui nous partons à Karakol, une ville dans le sud est du pays, au pied des montagnes du Tien Shan. Pour les touristes, Karakol est un camp de base pour de nombreuses randonnées.
Après un somptueux petit déjeuner à la guesthouse, nous commençons par aller retirer de l'argent à l'un des rares distributeurs de billets de la ville, situé dans une banque au croisement de l'avenue Manas et de la perspective Chuy. Puis nous cherchons à nous rendre à la gare routière pour trouver une marshrutka pour Karakol. Le tram ne vient pas, on est un peu embêtés, du coup on finit par héler un taxi. En arrivant à la gare routière on se rend compte qu'elle était en fait beaucoup plus près que ce qu'on croyait, en qu'on aurait pu y aller en 20 minutes du marche. Au moment où il s'arrête, le chauffeur du taxi ne peut s'empêcher de sourire car il a repéré la nuée de chauffeurs de taxi et marshrutka qui va s'abattre sur nous. En effet, ça ne manque pas : on nous propose en vrac plein de destinations, Almaty, Osh et aussi Karakol, pour des prix plus ou moins intéressants. Un gamin plus malin que les autres remporte le marché avec un bon prix (250 soms par personne). Il se dépêche alors de nous emmener au fond du parking où est garée la marshrutka en question, c'est à peine s'il ne nous prend par la main pour nous y emmener !
Nous montons dans la marshrutka, déjà pleine aux 2/3 : il faut attendre qu'elle soit bien remplie pour partir. Encore une fois, nous serons les seuls touristes. Nous partons assez vite. Notre chauffeur est un vrai champion et semble avoir décidé de battre le record de vitesse sur le trajet Bishkek-Karakol. Il dépasse tout le temps, souvent de manière assez agressive ! Sur la grand route il y a une voie de chaque côté, plus une voie centrale pour doubler où les voitures évoluent dans un chassé-croisé assez impressionnant. Il y a beaucoup de policiers au bord de la route avec un radar, et notre chauffeur se fait arrêter trois fois. A chaque fois il sort discuter avec les flics, on suppose qu'il s'en sort bien car il n'a pas l'air trop préoccupé. Nous quittons la région de Bishkek pour entrer dans la vallée de la Karaka, une puissante rivière qui a créé des canyons encaissés de pierre rouge sur ses rives. Le chauffeur est toujours aussi pressé et double beaucoup, parfois sans visibilité. Une fois il évite de justesse un camion qui le klaxonne furieusement. On arrive au lac Issy Kul et les gens commencent à descendre tandis que d'autres montent. Des familles se disent au revoir sur le bord de la route.
Le lac Issy Kul est tout à fait charmant, bordé de montagnes enneigées qui descendent jusqu'à ses rives. Sur la côte nord que nous longeons, plusieurs stations balnéaires ont connu leur heure de gloire pendant la période soviétique, et d'énormes paquebots de bétons rappellent ça et là leur splendeur passée : les touristes préfèrent maintenant aller dans les montagnes au sud du lac.
La marshrutka nous dépose dans le bazaar de Karakol. La ville nous semble d'emblée chaude, sale et poussiéreuse. Pas une seule rue goudronnée, des nids de poule qui labourent toutes les artères et ralentissent considérablement le trafic... Ca nous fait un peu bizarre. Il règne à Karakol une impression de bout de monde, de frontier town, comme si les gens qui s'y trouvent s'y étaient arrêtés car ils ne pouvaient pas aller plus loin... Nous nous rendons à un hôtel pour backpackers, le Yak Tur. Nous toquons à un grand portail, pas de réponse, puis nous voyons apparaître le museau d'un chien sous le portail : il doit donc y avoir du monde ! En effet, on nous ouvre pendant qu'un joli chien se glisse sous la porte. Les prix sont très honnêtes (300 soms ou 450 avec le petit déj) mais c'est bien plus cher que ce que dit le Lonely Planet. L'hôtel est un ancien hôtel particulier à la décoration abracadabrante : notre chambre fait bien 30 m^2, et contient entre autres un piano, une table d'ébène, deux immenses miroirs, deux lits divans d'une autre époque... les murs et le sol sont recouverts de tapis et de tentures rouge bordeau. C'est amusant. Par contre, la propreté de la salle de bain commune laisse un peu à désirer. A un moment, la lumière s'éteint, il n'y a plus d'électricité. Nous nous disons que nos hôtes bricolent, et nous sortons faire un tour.
En nous baladant dans la ville nous nous rendons compte qu'il s'agit d'une coupure d'électricité générale. On nous explique que le gouvernement a vendu trop d'électricité en hiver (aux Kazakhs notamment, d'où une certaine amertume envers ce peuple plus riche) et que pour faire des économies, l'électricité est coupée chaque jour entre 16h et 20h. Ceci renforce évidemment l'impression de ville fantôme que nous avons eue en arrivant : les gens traînent mélancoliquement devant leurs magasins en attendant le retour de la lumière à l'intérieur... Nous arrivons trop tard à l'office du tourisme où nous aurions aimé obtenir quelques renseignements, mais sur la place du bazaar, nous nous arrangeons avec un taxi 4x4 pour qu'il nous emmène le lendemain dans les montagnes de Jeti Oguz. Nous avons du mal à trouver un endroit pour manger : tout a l'air fermé. On finit par trouver un café où nous mangeons des salades et des manti dans le noir. La serveuse est aussi jolie que désagréable. Les cheveux courts, mince, impeccable dans son ensemble veste pantalon à l'occidentale, elle arpente nerveusement le café, claquant ses talons sur le sol. La coupure d'électricité a l'air de lui porter sur les nerfs... L'électricité revient à 20h pile, et le café semble tout de suite plus gai. La télévision est tout de suite allumée sur une chaîne de musique. En sortant du café, un jeune mendiant -- il n'a pas dix ans -- nous tourne autour en nous demandant de l'argent. Nous ne savons que faire, car tous les guides recommandent de ne pas donner d'argent aux enfants seuls, exploités par leurs parents. Et c'est vrai que si les gens sont généreux avec les vieux ou les femmes qui demandent l'aumône, les gens dans la rue crient au gamin de partir. Mais le pauvre gosse a l'air assez mal en point, sale et très maigre... J'ai encore mon portefeuille à la main après avoir réglé l'addition, et il me tourne autour en ne le quittant pas des yeux, j'ai peur qu'il me l'arrache... Il finit par se décourager et partir, mais on se sent vraiment bêtes et impuissants...