
Notre premier jour de rando ! Nous commençons par prendre des forces au petit déjeuner, puisque nous avons choisi l'option chambre+petit déjeuner à la suite des recommandations insistantes de notre hôte, très fier de sa cuisine. On nous sert en effet -- entre autres -- un plat roboratif à base d'oeufs, herbes et poissons, très bon et original. Nous discutons ensuite avec Valentin, un vieux russe malin qui organise des balades en montagne pour les touristes de l'hôtel. Il nous dit qu'il y a trop neige sur la rando que nous avions programmée, et nous conseille de remonter plutôt la vallée de la Karaka, puis d'aller vers les sources chaudes d'Alty Arachan (où il a des yourtes pour les touristes). Nous décidons donc d'aller dans la vallée de la Karaka et d'aviser là-bas en fonction de l'état de la neige.
A la station de taxis nous proposons donc à notre chauffeur de changer de destination, mais il estime que sa Lada Niva 4x4 n'est pas nécessaire pour ce coin et nous confie plutôt à un de ses collègues, un taxi "classique", pas 4x4. Comme d'habitude, un attroupement de taxis se penche sur notre carte (les gens connaissent bien le coin, mais ne savent souvent pas bien lire une carte, et ça prend un certain temps), puis nous faisons affaire. Nous sortons lentement de Karakol, chaque rue devant être négociée doucement pour ne pas abîmer la voiture dans les innombrables nids de poule, puis nous suivons une petite route qui remonte la vallée de la Karaka jusqu'au parc national. Après avoir payé l'entrée du parc, la voiture peut même nous déposer encore un peu plus loin, près d'un groupe de maisons. C'est la rando qui commence...
Pendant que nous rangeons un peu nos sacs, des hommes sortent deux petits veaux du coffre d'une voiture. Ils les ont probablement achetés au bazaar aux bestiaux de Karakol. Les deux bestioles ont eu beaucoup d'émotions et sont complètement tétanisées ! Pour remonter le vallée nous devons choisir quel côté de la rivière emprunter : un pont permet de choisir un côté ou l'autre pour partir. La carte n'est pas très claire non plus à cet endroit (nous utilisons une carte 100 000è pas très précise). Nous partons à droite (rive ouest), ce que semble indiquer la carte, mais le chemin devient assez vite impraticable, avec notamment des rivières à traverser à gué ou des hautes herbes boueuses à traverser : pour un parc national, on s'attend à un chemin meilleur. On rebrousse donc chemin pour passer sur la rive est, où la route est en effet plus large et meilleure. On croise de nombreuses familles venues pique-niquer, qui nous hèlent joyeusement. De manière générale, les Kirghizes adorent leurs montagnes et aiment aussi beaucoup faire la fête : ils profitent de chaque occasion pour aller y pique-niquer ! Ils étalent plein de tapis colorés sur l'herbe, sortent les samovars, les bières... et passent des après-midi à manger et discuter pendant que des ribambelles d'enfants courent autour ! Nous marchons dans une belle vallée boisée aux pentes escarpées, le temps est changeant mais plutôt beau. Le torrent que nous remontons est large et impétueux, ils est impensable de le traverser sans pont à cet endroit. Un large pont nous permet plus tard de passer sur la rive ouest pour suivre le chemin.
Nous marchons 5h avant d'arriver à un grand plateau où la vallée s'élargit et la rivière sinue joliment. Nous avançons un peu jusqu'à arriver à un pont qui permet de partir vers le lac Ala Kul, vers l'est. L'endroit est idéalement adapté pour poser le camp, et nous y laissons les sacs pour poursuivre un peu l'exploration du plateau en suivant le chemin principal. Arrivés à un bras de la rivière, nous croisons trois cavaliers nomades : leurs chevaux traversent sans problèmes le gué, ils ont fière allure ! Nous mettons nos guêtres pour traverser la rivière en courant, ce qui permet d'éviter -- presque -- de se mouiller les chaussures. Plus loin, il y a les traces d'un campement très organisé, avec foyer, toilettes, pierres pour marquer le seuil des tentes, ..., sûrement mis en place pour les groupes en trekking organisé. Un cheval blessé à sa patte arrière gauche semble attendre mélancoliquement qu'on le soigne, c'est un spectacle assez navrant. Nous pensons qu'il a dû venir ici car il y a souvent des hommes, malheureusement nous serions bien incapables de soigner un cheval...
Nous retournons au camp où nous montons la tente, que nous n'avions pas montée depuis tout juste trois ans ! (la thèse...). Comme nous avons beaucoup de nourriture nous faisons un énorme repas de pâtes. Notre camp est idéalement situé, tout près de la rivière et bien à l'abri sous de grands pins. Nous assistons un peu surpris au passage d'une grosse moto tout terrain qui est venue jusqu'ici... Une petite gerboise nous regarde manger ; elle amuse beaucoup Gaël en déchiquetant méthodiquement les feuilles qu'elle mange.
C'était une très belle journée de rando, avec des conditions presque idéales : temps frais, terrain facile... Mais c'est bien pour commencer, car les sacs sont lourds (entre 18 et 22 kg je dirais).