Asie Centrale

Vendredi 6 juin : parc Ala-Archa

Il a plu toute la nuit et on ne se presse pas de partir. Les Russes partent faire une balade à la journée. On décide d'aller faire une petite balade dans une petite vallée pour débuter la journée, mais mal nous en prend : on part assez loin avant de se rendre compte que le temps se dégrade vraiment. Nous voyons un rideau de pluie arriver bien vite, et le temps de se décider à revenir en arrière on est déjà complètement trempés. La pluie est très violente, presque de la grêle par moments. On rentre à la tente presque en courant. Une fois arrivés on s'engouffre dans la tente, on se change un peu et on attend que ça passe. Heureusement la pluie ne dure pas trop longtemps et on peut sortir sécher. Après avoir englouti une tablette de chocolat pour se donner du courage, on part pour du bon. On refait exactement le même chemin que le matin, mais sous une lumière différente puisqu'il fait maintenant assez beau. Le passage d'une rivière se révèle assez délicat : il n'y a pas de pont et la rivière est gonflée par les orages successifs. On essaye de passer à un endroit où la rivière se divise en plusieurs branches : la première branche se traverse assez bien mais après on se retrouve devant un torrent qui nous embête bien : l'eau est soit profonde soit rapide (et souvent les deux), avec beaucoup de courant. On finit par remarquer une planche qui traîne dans l'eau d'une rive à l'autre, mais n'est pas très engageante pour autant car beaucoup d'eau passe au-dessus et ça doit être à peu près impossible d'avancer dessus avec le courant dans les chevilles, sans parler des risques de glisser. Il y a quand même trois ou quatre mètres à traverser. Gaël a la bonne idée de sortir la planche de l'eau pour la poser sur des pierres : maintenant elle sort de l'eau. Mais elle reste bien étroite et glissante. Je tente le début sans mon sac : en avançant toujours le même pied, ça va à peu près. Arrivée au milieu je n'ai aucune envie de me retourner ou de marcher, donc je vais jusqu'au bout, puis je reviens. Donc c'est possible de passer... Je recommence avec mon sac, forcément moins agile avec le poids en plus, puis c'est le tour de Gaël : ouf, on est passés ! On remarque que les passages de rivière étaient mieux aménagés dans les endroits où vivaient les nomades que dans ce parc national.

On s'offre un pique-nique bien mérité après ces émotions, puis on continue dans la jolie vallée. La route est toujours excellente, et devient de plus en plus large au fur et à mesure qu'on se rapproche de l'entrée du parc national. Mais il se met de nouveau à pleuvoir violemment, alors que nous atteignons le plateau avant le village d'Alplagen. Il y a un groupe de cabanes abandonnées près d'un petit parking, on se réfugie sous un auvent pour attendre que la pluie se calme un peu. Deux Kirghizes viennent nous demander s'ils peuvent partager l'auvent avec nous, bien sûr, il y a de la place ! Ils reviennent avec 5 autres personnes, et tout le matériel nécessaire pour faire un beau pique-nique avec des brochettes shashlyks ! Ils travaillent au ministère de l'économie, et à ce qu'ils nous disent, aujourd'hui c'est la fête des économistes, donc tout le bureau fait la fête. On parle surtout russe avec quelques mots d'anglais : la chef rit très fort de se faire appeler "boss" par ses collègues. Tout ce petit monde est très joyeux, la vodka est sortie assez vite et même si je préfère leur excellent jus d'abricot, on porte quelques toasts à l'amitié franco-kirghize. Ils insistent même pour boire à la santé de Sarkozy ! On mange plein de fruits excellents, et même une brochette chacun, puis on les laisse faire la fête pour continuer : notre but est d'être à Bichkek le lendemain pas trop tard, il faut donc qu'on se rapproche du village de Kashka-Suu où on pourra prendre une marshrutka, encore à 7-8 kilomètres. Le village d'Alplagen se compose de quelques boutiques et d'un hôtel hors de prix (les prix ne sont pas affichés mais on nous parlera plus tard de sommes astronomiques, plusieurs centaines de dollars pour une chambre, du coup on sera bien contents de ne pas s'être laissés tenter par un lit confortable...). On achète du pain, du chocolat et une bière, l'essentiel quoi, à un magasin puis on continue vers la sortie du parc. Il y a maintenant beaucoup plus de trafic : ce sont les Bishkekois qui vont fêter le vendredi soir dans la montagne. On voit passer en trombe quelques énormes Mercedes aux vitres teintées : il y a là des gens bien différents des Kirghizes des montagnes !

On essaye de faire un peu de stop dans l'espoir d'arriver à Bishkek dès ce soir mais la plupart des voitures sont pleines à craquer. On marche maintenant sur une route goudronnée avec un trafic peu important mais régulier. Dans une aire de repos sur le côté de la route on aperçoit une voiture qui a roulé dans une profonde ornière, dont les occupants n'arrivent pas à la sortir malgré leurs efforts. On se dit qu'on va aller leur donner un coup de main pour pousser la voiture. Mais ce n'était pas forcément une bonne idée... Le groupe se compose du conducteur, de deux hommes qui essayent de pousser la voiture, et d'un homme et d'une femme avachis à l'intérieur de la voiture -- complètement bourrés. On tique un peu qu'ils ne les aient pas déchargés pour alléger la voiture, mais on ne dit rien. On commence à tirer, pousser, soulever avec les deux autres gars pendant que le conducteur s'escrime sur l'accélérateur mais les roues patinent et la voiture n'arrive pas à remonter. On commence à placer des branches et à enlever les pierres pour que les roues accrochent mieux, mais le conducteur est désagréable et même violent, crie très fort, roule à moitié sur un de ses copains qui a juste le temps de s'écarter . Avec un des deux autres gars qui est lui aussi bien bourré et me jette des regards bizarres, tout ça ne me plaît pas beaucoup... La voiture est en meilleure position que tout à l'heure mais elle n'est pas encore sortie, mais de toute façon le conducteur n'écoute personne donc on s'en va et on retourne sur la route.

Un peu plus tard, on marche tranquillement quand on entend le bruit d'une voiture lancée à fond la caisse : c'est les cinglés de tout à l'heure qui ont réussi à sortir leur épave de l'ornière et foncent dans notre direction. Ils passent extrêmement vite à côté de nous -- on s'est quand même bien écartés sur le côté, mais ça fait peur -- puis freinent tout aussi brutalement pour nous parler. Ils sont super contents de s'être sortis de ce mauvais pas, nous remercient chaudement de les avoir aidés et nous proposent de venir faire la fête avec eux. Les deux poids morts de tout à l'heure semblent être sortis de leur coma éthylique, du coup ils ont tous l'air uniformément bourrés, sauf l'un d'entre eux qui avait l'air bien inquiet tout à l'heure. Autant dire que leur compagnie ne nous fait pas très envie, sans parler du fait de se retrouver dans leur voiture... Mais ça a l'air de les fâcher qu'on ne veuille pas, le conducteur se remet à crier comme tout à l'heure, ça ne nous plaît pas du tout, du coup on explique qu'on allait camper juste à côté et on disparaît dans les buissons sur le côté de la route. Mais on n'entend pas la voiture redémarrer... Il s'ensuit pour nous une demi-heure de paranoïa où on se demande ce qu'ils nous veulent au juste. On s'écarte bien de la route et on reste un petit moment sans bouger. Puis on se convainc qu'ils sont bien partis et on repart, mais ce n'était vraiment pas un moment agréable. Du coup on décide de se chercher un camp loin de la route pour éviter la présence des fêtards bourrés dans le coin. On trouve un endroit dans un verger un peu en hauteur, pas génial parce qu'il n'y a pas vraiment de terrain plat, mais ça ira. Un dernier lyophilisé, et au lit ! Pendant la nuit on entend les cris déchirants d'un animal qui a l'air tout près, c'est un peu angoissant. Le matin venu je me convaincrai qu'il s'agissait probablement d'une espèce de corbeau, mais sur le coup ça n'était pas très rassurant.

Return to Top     Page last modified Tue Jul 13 18:01:04 2010.     Created by Gaël Varoquaux with rest2web
Best viewed with firefox, or any browser that respects standards.