Joseph Thywissen m'a invité passer un mois dans son groupe de gaz quantiques dégénérés à Toronto. Pour continuer dans ma tradition de donner des nouvelles par internet voici quelques extraits de mails que j'ai envoyé. Les photos suivrons bientôt.
Enfin des nouvelles ! Entre le décalage horaires qui faisait que je dormais comme une masse le soir et mon poignet que je cherche à ménager, je n'ai pas donné beaucoup de nouvelles.
J'ai fait un bon vol. Air France garde la qualité constante : les hotêsses de l'air ne battaient pas de record, mais la nourriture était très bonne. Arrivé à l'aéroport j'ai pris un taxi jusqu'à mon appart où Joseph m'attendait. En chemin, coincé dans les embouteillages de sortie de match de baseball, j'ai pu admirer une ribambelle de bateaux sur le lac, tous bien penchés à la gîte. Apparemment il y a du vent, ici.
Joseph m'attendait sur le balcon de mon loft. C'est un appart gigantesque composé d'une grande chambre (avec lit double) ainsi que d'une salle de bain, qui donnent sur un grand espace qui fait salon, cuisine, entrée et bureau. L'appart appartient à une auteur qui est partie pour 2 mois dans la montagne afin d'avoir la paix pour écrire. Il est superbement ammeublé, avec des oeuvres d'art (peintures modernes, boiseries) un peu partout et un certain choix dans le mobilier. J'ai deux canapés géants dans le salon. Il va vraiment falloir que j'organise des soirés :->. Surtout qu'ils paraît que les voisins sont sourds. Par contre la cuisine est sous-équipées, et les plats sont tout petits. Elle ne devait pas souvent faire la cuisine.
Le soir de mon arrivée je suis allé dîner chez Joseph. Nous avons mangé de la soupe et des steaks faits sur le barbecue commun de son immeuble. Son appart est moins bien que le mien, mais il est en plein centre ville. Je suis rentré en métro vers 21h, tout endormi.
Bien sûr le lendemain j'étais réveillé à pas d'heures. J'ai une demi-heure porte à porte pour aller au boulot. Le département de physique est situé dans une grande tour. Joseph a un bureau au 11ème. Il est tout seul dedans, ce qui serait quasiment impensable en France. Les thésards, par contre ont leur bureau au sous-sol, à coté de la salle de manip. Celle-ci est géante, et très bien ammeublé. Joseph a monté un important système de poutres qui permet de suspendre plein de matériel et de rendre la pièce plus propre et dégagée. Avec Marcius, un thésard de Joseph, nous avons entreprit de démarrer la manip. Chaque soir ils coupent tout, notant les valeurs des alimentations de diode laser. Le matin ils démarrent, attende une demi-heure et ça repart ! Ou pas ! Enfin, ce lundi les lasers étaient sur la raie, mais les MOT n'étaient pas visibles. Un peu de débugguage nous montre qu'un miroir a dû être vilainement cogné. Aligner un MOT, cela, je sais faire ! Mais bon nous avons 2 séminaires dans la journée, donc nous n'avançons pas beaucoup.
Je rentre le soir sous une pluie battante. Il est 8H, mais je trouve sans problème le supermarché du voisinage ouvert. De ce coté là c'est bien l'amérique ! Je n'avais malheureusement pas penser à prendre mon gros sac à dos, donc je ne peux ramener qu'une quantité limitée. Par contre je cuisine tout d'un coup. Et c'est parti pour me durer minimum 4 jours. Par contre le soir je suis crevé et je me couche tout de suite.
Le lendemain, BEC de rubidium, mais toujours pas de MOT de potassium. Le soir je rentre vers 21H et je tombe presque directement dans mon lit.
Ici il commence à faire froid (même si je vois un zigomar qui se balade dans la rue en T-shirt !).
Au labo ils ont grillé que je pouvais les dépanner en info et m'on fillés le branchement de la nouvelle caméra à faire. Il faut que je branche cela dans le code existant. Première chose j'arrivais pas à le compiler. C'est du C++ écrit en style C (3 objets venant des librairies de la caméra, et le reste du pûr C). J'ai trouvé des bananes bizarre dedans, et le post-doc qui a écrit cela est partit. Maintenant que je l'ai fait compiler cela plante sans message d'erreur dans un fonction "boite noire" de labWindows (= labView interfacé avec du C). Groumpf, j'aime pas l'informatique faite par les physiciens. Le mec avait fait ses fit en C, il avait même écrit ces foncions pour faire une colormap jet en C. J'ai essayé de leur dire que cela me paraissait une bonne idée de refaire le tout en python linké à du C++ pour contrôler la caméra (en mettant le moins de code possible en C++) mais "if it ain't broken, don't fix it". C'était avant que je découvre que je n'arrivais pas à compiler, j'avais juste lu le code. J'ose pas trop reproposer cela, mais je profite du WE pour me remettre à niveau sur les méthodes d'appeler du C++ avec numpy.
C'est rageant de toujours être celui qu'on appel pour résoudre les problèmes mais de ne jamais pouvoir faire les choix de conception (et donc d'être obligé de vivre avec les choix des autres).
Sinon lundi Rob m'a envoyé un e-mail me disant qu'ils voulaient un compte rendu des mes études théoriques (que je mène tout seul, personne au labo n'en discute jamais avec moi) pour jeudi (car il y avait quelqu'un qui venait visiter avec qui ils voulaient en parler. Alors comme je fais ce travail depuis une bonne année cela m'a donné un boulot monstre.
Ici on a fait fondre un bloc d'alu sous vide hier ( on est probablement monté à 700C !) C'est un sacré bordel :->.
Mail que j'ai reçu de Lindsay à 23H en rentrant du labo:
Hi guys,
I tried to call both of you just now, but too soon after you left here, I guess. I was sitting running the experiment when really loud noises started, which turned out to be coming from the vacuum oven. The roughing pump sounded like it was at atmosphere, and there was something leaking at the other end, hissing a lot. The turbo pump was ramping itself down, which was good. I elicited help from Chris and eventually Mirco and we ended up valving the pumps off, and trying to turn off the turbo, which was not straightforward. I ended up turning the turbo back on, but the roughing pump was still on, and then I couldn't get it off again. Eventually I hit the switch on the back, and the turbo started ramping itself down again, and I think it's good and off now, though the display turned off before it was done. I left the roughing pump on. There are cracking noises coming from the chamber. I think it got too hot - the chamber was warm to the touch on the "cold" side of the cooling stage even a while after I turned the heater off.
Anyway, it's a long story to say that's the reason all that stuff will be turned off when you get in tomorrow.
a somewhat calmer,
Lindsay
Pour le boulot j'ai lutté comme en porc avec le projet en C. J'ai réussit à modulariser le code au bout d'une semaine de boulot (j'ai découvert quelques fuites de mémoire, et des jolies bananes), j'ai fait plein de progrès en débuggage, mais quand j'ai voulu le tester sur la manip j'ai découvert que je n'avais pas la dernière version du code... En plus j'ai découvert que d'autres fuites de mémoire apparaissait (c'est dépendant de la machine, cela, on peut faire des conneries et ne pas les voir, si on a de la chance), hors je n'ai pas de débuggueur sur la machine de la manip... J'étais vraiment découragé et j'ai poussé assez fort pour repartir de 0 en python. Et j'ai gagné, on m'a laissé faire.
Hier j'ai implémenté l'interface python/C++ (C++ pour contrôler la caméra) avec ctypes (voir http://scipy.org/Cookbook/Ctypes2), cela marche vraiment super bien ! (même sous windows, une fois qu'on a réussi à trouver les bonnes options de compilations). J'ai pu implémenter une sorte d'objet "camera", où les méthodes sont des routines C++, et les attributs des globales de la librairie. En plus cela force à séparer l'interface avec le hardware du reste. Cela impose une bonne discipline de programmation et force les gens à programmer proprement, ce qui est important ici.
Bon, j'ai une semaine pour faire marcher cela !
Je suis naze ! Je suis resté au labo vendredi soir jusqu'à pas d'heure car j'avançais bien. Quand je suis rentré je me suis rendu compte qu'il ne me restait plus rien à manger. J'ai trouvé de la pollenta qui trainait et j'ai essayé de m'en faire, mais c'était tellement dégeulasse que j'ai à peine pu en manger. Le lendemain matin j'ai été faire les courses sur le coup de 11H (j'avais pas petit déjeuné, bien sûr). J'étais pas dans mon assiête, et absolument affamé. J'ai fait des folies, probablement acheté beaucoup trop. Le plus marrant c'est quand je suis passé en caisse, j'ai tellement été ahuri par l'addition que j'ai fait répetter. Faut pas faire les courses quand on a faim.
J'ai besoin de vacances ! Cela n'a pas été très reposant ici. Et il faut vraiment que j'essaie de faire tourner le logiciel de contrôle de mani.
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